La victoire de l’audace et de la maturité
Dans la lumière dorée du petit matin brestois, Charles Caudrelier a pu enfin laisser exploser sa joie après 50 jours, 19 heures, 7 minutes et 42 secondes d’une course totalement maîtrisée. En remportant l’Arkea Ultim Challenge, il devient le premier marin à accomplir un tour du monde à bord d’un multicoque volant. C’est une victoire de la maturité : celle d’un navigateur de talent qui a patiemment attendu son heure pour décrocher cette magnifique étoile. Et celle d’une équipe qui a osé, il y a 10 ans, se lancer dans une aventure architecturale audacieuse, perpétuant ainsi la longue saga Gitana.

Majestueux, mais portant les stigmates de ce mois et demi passé dans les plus redoutables mers de la planète, le Maxi Edmond de Rothschild a franchi la ligne d’arrivée de Brest, toutes voiles dehors. Pour son skipper, c’est la fin d’une courageuse épopée, d’une démonstration de force, un moment de soulagement et de bonheur pur. Sur le trampoline du géant aux cinq flèches, les étreintes entre Charles, ses enfants, sa famille et son équipe au grand complet, sont joyeuses et intenses. Une joie sincère, partagée avec le public brestois venu assister à son sacre.« C’est magique de vivre ça ! J’avais envie de la gagner pour moi-même cette course, mais aussi pour mon équipe. Car sans eux, je ne suis rien. L’émotion, elle vient de là », a déclaré Charles après avoir brandi au ciel le trophée de l’Arkea Ultim Challenge.

Extraits de ses déclarations à l’arrivée sur les pontons de Brest et en conférence de presse :

Retour sur sa course, ses premières sensations, son émotion

« C’est très particulier. J’ai l’impression que ça a été très long et en même temps très rapide. Je me rappelle encore de ce départ fulgurant, tous au contact, et puis cette première partie super animée avec Tom (Laperche), un duel un peu extrême. Je peux le remercier parce que c’est grâce à lui et à notre confrontation que j’ai pu générer rapidement de l’écart avec les autres. Après son abandon, j’ai changé d’univers, et c’est devenu une vraie aventure : la gestion du bateau, du mauvais temps, des problèmes. J’ai eu quelques moments durs mais pas tant que ça. C’était surtout psychologique, car physiquement, j’étais en forme, j’avais beaucoup d’énergie parce que j’étais devant. Je me suis senti super bien sur cette course, très à l’aise. Et là, c’est beaucoup d'émotions. C’est une course en solitaire, mais il y a un tel travail d’équipe derrière ! C’est peut-être cela qui a fait la différence aujourd’hui : la durée, l’engagement collectif autour de ce projet. Depuis 2019, je navigue sur ce bateau avec les mêmes personnes, je le fais progresser, je le connais par cœur. Je savais que c’était difficile pour ces bateaux-là de faire un tour du monde, pour avoir déjà essayé deux fois. Avoir tout cassé avant les autres, ça nous a permis d’avoir un bateau qui a tenu le choc. »

Sa carrière, les rendez-vous manqués, l’apprentissage, les succès

« Mon palmarès a mis un peu de temps avant de s’étoffer. Après ma victoire en Figaro, je n’ai pas réussi à concrétiser mon rêve de Vendée Globe. Ça a été des années de frustration, mais en même temps, je rejoignais tous les bons projets : Safran, Groupama, Banque Populaire, je n’ai jamais arrêté de progresser au contact des meilleurs. Et puis à 40 ans, je deviens le skipper de Dongfeng sur la Volvo Ocean Race. A 45 ans, je gagne la course pour la deuxième fois, mais quand je rentre de ce tour du monde en équipage, je n’ai rien derrière, aucun projet, je ne sais pas où je vais. Et là, le téléphone sonne, on me demande si je veux postuler pour devenir skipper de Gitana. La suite, vous la connaissez… »

Hommage au Gitana Team et à ses armateurs

« Avec Gitana, je me retrouve pour la première fois dans une équipe sur du long terme. Cela m’a permis de mettre toute mon expérience au service du projet. Je me suis senti tout de suite bien entouré. Je pense aussi à Franck (Cammas) qui m’a beaucoup accompagné, qui m'a appris à voler. C’est ça qui est génial, c’est une histoire collective incroyable. Nous avons la chance d’avoir un armateur qui nous a fait confiance dès le début. La force de cette équipe, c’est qu’on a pris le temps. La force de cette équipe, c’est aussi sa composition : un noyau dur de talents qui œuvre depuis longtemps associé à des jeunes. Entre nous, on se voue une confiance absolue. » 

L’énergie pour gagner

« Jusque là, je n’avais pas atteint mes objectifs sportifs personnels et je pensais que je ne les atteindrait pas. Mais quand ce tour du monde en Ultim s’est présenté, pour moi, c’était une évidence. Pourtant, 15 jours avant le départ, je n’étais plus sûr de partir,  pour des raisons personnelles. Je ne vais pas vous raconter pourquoi mais finalement, tout s’est arrangé, tout le monde m’a soutenu. Alors je me suis élancé avec une envie d’en découdre incroyable. Cette énergie ne m’a pas lâché. Je savais que j’avais toutes les armes de mon côté, j’avais mon expérience et une confiance en moi qui n’est pas absolue, mais qui est  bien là. »

Le Maxi Edmond de Rothschild, un bateau d’exception

« Ce bateau, il est dingue, il est beau. Et il m’a ramené à la maison ! Il fallait avoir confiance en lui. Je le connais pratiquement depuis sa naissance et c’était aussi à moi de le ménager. C’est un bateau qui va marquer ma vie, qui aura marqué notre équipe et notre armateur, parce que c’est un bateau d’exception. Il mérite d’entrer dans la légende, dans les livres d’histoire. »

La peur

« Je n’ai jamais eu peur, si ce n’est de façon rétrospective, lorsque par exemple, je me suis enfoncé jusqu’à la taille en passant par un trou qu’il y avait dans le cockpit (dû à l’arrachement de sa nacelle). Lorsque j’ai frôlé le chavirage, après le cap Horn, je n’ai pas eu le temps d’avoir peur non plus. J’avais plutôt l’appréhension de la casse, de la petite bêtise qui peut entraîner de grosses conséquences. Raison pour laquelle je n’ai jamais réussi vraiment à me déconnecter du bateau. Et puis en 6/7 ans, ce bateau ne m’a jamais trahi. On s’habitue à la vitesse et le risque de chavirage est moins important que sur les autres multicoques. J’essaie d’être pragmatique. J’estime qu’à bord de ce bateau, je prends dix fois moins de risques qu’un coursier à Paris »

Voler en haute de mer

« Cette course de pionniers, c’était l’inconnu. On se disait qu’il n’y aurait peut-être pas de concurrents à l’arrivée. Il y a sept ans, on ne volait pas encore. Aujourd’hui, avec 15 nœuds de vent, on est capable d’aller à 35 nœuds ! C’est fou et ce n’est que le début. On va faire des bateaux encore plus performants et on tournera autour du monde encore plus vite que ça. Peut-être faudra t-il quand même faire des engins plus costauds et ne pas tout céder à la chasse au poids. Car sur cette course, j’ai l’impression d’avoir passé mon temps à bricoler et au final, on routait à 80/85% des performances.

Un brin de fierté

Si je regarde les lignes de mon palmarès, je trouve qu’elles sont belles. Elles sont peut-être plus belles que celles que j’aurais imaginées. Je ne peux pas avoir de regrets par rapport à tout ce que j’ai fait. C’est du travail, de la chance de tomber au bon endroit et au bon moment, mais ce sont des opportunités que j’ai créées. Et tout cela, ça a commencé avec ma victoire dans la Solitaire du Figaro.


Prochains objectifs

J’ai un peu promis à mes enfants et à leur maman que j’allais calmer le jeu. Le prochain objectif, c’est la naissance d’un nouveau bateau, G18. J’ai envie de participer à ce beau challenge et peut-être de défendre mon titre sur la Route du Rhum. En attendant, c’est vacances au bord de l’eau avec les enfants et puis reprendre une routine normale de la vie à terre ».

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